—Je ne la crois pas coupable, dit résolument l'avocat.
—Voilà bien l'homme! La femme est jeune, charmante, alors elle n'est pas coupable!
—Un tel regard ne trompe pas, et vous-même êtes influencé par lui...
—Sans doute! dit M. de Monvoy, en se promenant avec agitation; oui, sans doute! elle n'a pas plus l'air d'une criminelle que vous et moi... Et, cependant, Jonchères, votre assurance m'étonne! vous avez assez d'expérience pour savoir qu'une physionomie, même délicieuse, peut tromper. Bien que vous n'ayez pas mon âge, votre carrière est déjà assez longue pour que vous ayez vu des choses bien étranges.
—Oui... plus étranges même que cette affaire, qui ne serait qu'un crime vulgaire, sans la personnalité de l'accusée et sans l'amour de Cébronne.
—Ah! c'est désolant! dit le juge avec chagrin. Un tel homme, dans une telle situation! son nom est désormais livré à la malignité publique.
—Il est bien au-dessus de cela! répliqua vivement M. des Jonchères, et son attitude forcera, au contraire, l'estime générale. Envers et contre tout, il aime avec passion cette jeune fille, il lutte pour elle, il s'oublie entièrement pour la soutenir, et vous croyez que le public lui jettera la pierre! J'ai meilleure opinion de lui! Pour moi, je crois, avec Cébronne, à l'innocence de Mlle Deplémont.
—Alors, au nom du ciel, basez votre opinion, je ne demande que cela! Prouvez que je m'égare, que je suis un imbécile, un idiot, ce que vous voudrez, enfin! et toute ma vie, je vous en serai reconnaissant.
—Il est toujours facile de prouver la bonté de votre cœur, répondit M. des Jonchères, ému par le ton et les paroles de M. de Monvoy, car vous agissez avec humanité et prudence. Je sais trop bien que les faits accusent Mlle Deplémont; toutefois, en la voyant, je pense que nous sommes dupes d'apparences. Moi, je vais commencer une enquête.
—Vous n'irez jamais assez vite... En mon âme et conscience, la liberté laissée à cette jeune fille ne peut être que provisoire, et encore parce que les circonstances m'imposent des ménagements.