—Oui... Nous avons attendu la fin d'une contre-enquête qui n'a rien révélé pour modifier notre conviction, malheureusement! Mlle Deplémont est convoquée dans mon cabinet pour demain neuf heures. On l'emmènera en fiacre du Palais de Justice. Par égard pour Cébronne, je veux y mettre tous les ménagements compatibles avec la situation.
—Il ne saurait trop vous en remercier, répondit M. des Jonchères, et, mieux que jamais, je comprends à présent que la position prise par Bernard protège Mlle Deplémont. Sans lui, vous ne songeriez pas à tant de formes adoucissantes...
—C'est probable!... Car, de plus en plus, je la crois coupable. Vous trouverez au greffe une pièce intéressante pour la défense. J'ai de nouveau interrogé les concierges de la rue Vavin; bien qu'ils défendent Mlle Deplémont, ils se sont rappelé des propos tenus par elle le jour même de la mort de M. de Chantepy; ces propos la chargent. A présent, voyez si vous devez prévenir Cébronne. Vous lui direz alors comment, le procureur et moi, nous nous y sommes pris pour amortir le coup à la femme qu'il aime, et à lui... surtout à lui!
M. des Jonchères s'attendait bien au fait brutal absolument inévitable, il n'en était pas moins excessivement affecté.
—Non, non, dit-il tout haut, je ne préviendrai pas Cébronne avant le fait accompli.
Mais, en quittant le magistrat, il se demanda s'il ne devait pas aller chez Mlle Deplémont. Peut-être aurait-elle des dispositions à prendre vis-à-vis de sa mère qui était malade.
La veille, dans une longue conversation avec Gertrude, il avait admiré son courage, sa force de caractère qu'il qualifiait d'étonnante.
«Je sais, lui avait-elle dit, que je n'éviterai pas l'arrestation... je l'envisage avec calme, tant je suis sûre que mon innocence sera reconnue. Mais je voudrais savoir si on me laissera encore un répit...»
Le souvenir de ce mot mit fin aux hésitations de M. des Jonchères.
Dix heures sonnaient quand il arriva rue des Guillemites. Les habitants du quartier profitaient de la soirée chaude et tranquille pour deviser encore sur le pas des portes, deux sergents de ville surveillaient l'ancien couvent des Blancs-Manteaux en se promenant sur le trottoir. Les rayons de la lune versaient leur poésie sur l'église, le coin du jardin, les vieilles maisons comme si, depuis six cents ans, rien n'avait bougé, rien ne s'était transformé.