—Bernard, je t'en prie, à quoi penses-tu? Mlle Deplémont n'est pas malade; une certaine dépression est naturelle, inévitable, mais non dangereuse.
—Qu'en sais-tu? Tu n'es pas médecin, répondit brusquement Cébronne; tu ne connais pas le résultat souvent fatal de telles secousses sur un organisme délicat. Il ne faudrait pas que l'épreuve se prolongeât, c'est le médecin qui parle en ce moment. Sans l'énergie, le ressort de son âme d'élite, Gertrude serait déjà très malade.
—Tu t'égares! De grâce, ne grossis pas les faits, répète-toi ce que tu répètes sans cesse à Mlle Deplémont, c'est-à-dire, vois la fin heureuse de cette situation. Nous y touchons peut-être; n'est-ce pas, Aubrun?
—Je le crois.
—Alors, parlez, parlez! s'écria Cébronne dans un élan de douleur irritée.
Aubrun se félicitait tout bas d'avoir exigé le secret sur ses recherches et observait avec pitié les ravages du chagrin sur la forte constitution du docteur. Dix ans avaient passé sur lui et bien que, dans ses occupations habituelles, il conservât son empire sur lui-même, on sentait l'homme énergique sur le point de s'affaisser.
Aubrun, quels que fussent les écarts de sa vie, avait beaucoup de cœur, il sut le mettre dans le ton de sa réponse.
—Je suis désolé, docteur, désolé de ne pas avancer plus vite, et je comprends trop bien votre profonde angoisse, mais je vous assure que, plus que jamais, la prudence est nécessaire. Croyez-en mon expérience, tout va bien! Et j'ai lieu de croire que je touche au but.
—Vous, au moins, vous ne doutez pas de Mlle Deplémont! dit Bernard.
—Je n'en ai jamais douté... J'ai des raisons actuellement pour en douter encore moins.