—Mon Dieu... je veux bien! montrez-les-moi; je vous expliquerai le nécessaire et vous dirai, d'après mon journal, à quel cours vous devez faire vendre.

—Je voudrais bien en avoir le cœur net... Monsieur va sortir?

—Oui, je déjeune chez un ami; j'ai oublié de vous prévenir hier.

—Alors, si monsieur le permet, je vais aller chercher mes papiers.

—Faites!

Aubrun, dévoré d'impatience, eut quelque peine à attendre de sang-froid le retour de la femme de charge. Il comptait les secondes, et, comme elle tardait, il craignit d'avoir éveillé sa défiance. Mais, après réflexion, il comprit que cette crainte n'était que le résultat d'une idée toujours fixée sur le même point. Même en cette minute si palpitante pour lui, il n'avait témoigné ni hâte ni empressement à répondre.

La femme de charge, au contraire, se félicitait d'être tombée sur un maître assez bon pour s'intéresser à son affaire et l'aider à éviter un faux pas, car se sentant sur un terrain inconnu, elle était heureuse d'obtenir des conseils désintéressés.

En parlant un jour de Mme Deplémont, elle était revenue sur le point, capital pour elle, de la négociation des valeurs. Aubrun, avec prudence, mais autorité, avait saisi cette nouvelle occasion pour dissiper ses vagues inquiétudes.

Ce fut donc fort tranquillement qu'elle lui remit des actions et des obligations de chemins de fer, dont il reconnut aussitôt les numéros.

Quelles que fussent ses habitudes d'impassibilité, Aubrun craignit de se trahir, tant son émotion fut extrême. Son premier mouvement eût été de se jeter sur elle pour l'arrêter, mais, prolongeant simplement son examen afin de se remettre, il lui dit de sa voix calme: