—Oh! oui... ce sera le repos enfin loin de Paris! loin de souvenirs affreux.
—Ils disparaîtront ici, vous verrez! Plus de regards en arrière, ma chère Gertrude! dit-il d'un ton ferme; et ne pensons qu'à nous. Nous sommes seuls, nous sommes heureux.
Ils étaient complètement seuls, en effet, Mme Deplémont ayant refusé de les accompagner pour ne pas être en tiers indiscret dans leur bonheur.
Cébronne avait bien auguré de l'atmosphère de paix et de joies dans laquelle ils vécurent plusieurs semaines, et bientôt il ne revit plus l'expression souffrante qui lui faisait mal.
Gertrude, aimante, passionnément reconnaissante, et, malgré le développement de son énergie par la lutte et le travail, restée femme jusqu'au fond de l'âme, veillait sur elle-même pour que nul reflet du passé ne vînt attrister son mari. Puis l'effort disparut, car elle s'épanouissait dans un bonheur que les anciennes douleurs rendaient plus pénétrant, plus profond, et les objets qui l'entouraient s'imprégnaient des douceurs de sa vie actuelle.
«Mon cher ami, écrivait le docteur Cébronne à M. des Jonchères, tu te rappelles cet endroit où tu m'as accompagné il y a quelques années? En vrai Parisien, tu y voyais seulement une solitude absolue, un air triste sous sa verdure et sa vétusté, sous le siècle qui a jauni les toits et patiné les murs. Moi je t'en décrivais le charme mystérieux, vu par mon cœur et mes souvenirs... Je l'aimais jadis, maintenant je l'adore dans son rajeunissement produit par l'amour heureux.
«Tu te souviens aussi d'une pensée que nous avions discutée ensemble: «Le cœur de la femme est un miroir qui reflète l'univers entier?» La comprenions-nous bien? Je ne le crois pas, et un mariage malheureux me l'avait rendue amère.
«Aujourd'hui, je ne la comprends pas, je la vis!... Le cœur honnête d'une femme intelligente renferme toutes les nuances infinies, toutes les délicatesses exquises qui sont, pour l'homme, l'essence de sa paix et de son bonheur.
«Le cœur féminin, qui comprend tout, est bien «le miroir qui reflète l'univers entier.» Ma vieille amitié te souhaite de le posséder un jour.
«Adieu et à bientôt!