Quelle que fût l'énergie naturelle de Mme Deplémont, sa fille avait une nature plus forte et une intelligence beaucoup plus prompte.
—Nous quittions cet appartement à la fin du mois, reprit Gertrude, nous le quitterons immédiatement sous le prétexte d'un voyage. Dans deux ou trois semaines, nous écrirons que nous le laissons, et nous prendrons des mesures pour faire enlever, sans nous découvrir, notre très mince mobilier. Mon cousin nous aidera par l'entremise de sa femme de charge; on peut se fier entièrement à la discrétion de Sophie.
—Je sais bien, elle nous est dévouée; mais comment trouver si vite un nouveau logement?
—Ce doit être facile... nous chercherons demain, dans un quartier éloigné d'ici. Il nous faut seulement trois mansardes avec le nécessaire. C'est un malade, ajouta-t-elle en baissant la voix; je le crois même très atteint, il aura besoin de quelques douceurs; sa présence complique notre situation, et nous sommes obligées d'économiser sur le loyer.
—Oui... mais crois-tu que M. Cébronne abandonnera si facilement l'espoir de t'épouser. Il t'aime, et te cherchera...
—Je lui écrirai... je lui dirai que notre décision est irrévocable et tout sera fini.
Ce mot, prononcé par elle-même, lui parut insupportable, et la nuit, qui enveloppait les deux femmes, donnait à Gertrude la sensation physique d'une ombre épaisse qui planait sur sa vie et ne se dissiperait jamais.
—Le seul lien, entre le docteur et nous, est M. de Chantepy, dit-elle d'une voix fatiguée, notre vieil ami ne nous trahira pas et comprendra mieux que personne les raisons de notre refus.
Elle convint donc avec sa mère de chercher, dès le lendemain matin, un nouveau logement, et se retira dans sa chambre pour se livrer sans contrainte à la désolation de son âme.
Elle regarda son malheur en face, elle en épuisa imaginairement la grande amertume, puis descendit chez M. de Chantepy.