—C'était facile... l'assassin l'a jeté maladroitement sur la cheminée. De plus, dans ce verre, il y a un reste de liquide qu'on analysera.
—Pourquoi dites-vous l'assassin? M. de Chantepy n'a-t-il pu s'empoisonner lui-même? Il souffrait beaucoup de la goutte et...
—Il n'était pas homme à commettre une lâcheté pour éviter quelques souffrances, d'autant qu'il avait des principes religieux intransigeants. D'ailleurs, matériellement, la question de suicide ne se pose même pas. M. de Chantepy, depuis deux semaines, ne mettait pas le pied par terre. Il est mort dans son lit, et la seringue, qui a servi à l'injection d'aconitine, est encore sur la cheminée, fort loin de la victime.
—En effet! la conclusion s'impose. La mort a-t-elle été foudroyante?
—Foudroyante? Non! Mais très prompte certainement. Employée à cinq milligrammes, l'aconitine tue un homme; la dose employée étant évidemment beaucoup plus forte, un arrêt du cœur a dû se produire rapidement. Trente minutes, peut-être, après l'injection.
—A quelle heure, d'après vous, M. de Chantepy est-il mort?
—Probablement vers dix heures.
—Personne, vous me l'avez affirmé, n'est monté chez M. de Chantepy hier au soir? dit M. de Monvoy au concierge.
—Personne, monsieur le juge, je n'ai pas quitté ma loge.
—Les habitants de la maison ont été interrogés, chacun était chez soi et n'a rien entendu.