M. de Monvoy, les yeux baissés, réfléchissait, et ses appréhensions, en pensant à Cébronne, devenaient plus vives et plus pénibles. Il ne lui disait pas que les réponses de certains interrogatoires étaient une charge bien autrement grave qu'un départ précipité, bien que cette dernière circonstance fût un nouvel anneau ajouté à la chaîne.

—Bernard, mon cher enfant, dit-il tout à coup, mon âge m'autorise à vous parler comme autrefois. Je m'intéresse à vous et vous aime toujours comme le fils très cher d'un excellent ami, je veux donc vous donner un conseil tout paternel, que je vous supplie d'écouter et de suivre. Votre réputation grandit chaque jour, votre caractère est universellement respecté; croyez-moi, acceptez la fuite de Mlle Deplémont comme le moyen normal de ne plus la revoir; c'est, du reste, son désir à elle-même. Paraissez seulement dans l'affaire comme le médecin appelé pour les constatations légales.

Chaque mot, chaque intonation ajoutaient à la stupeur de Cébronne. Il comprenait que M. de Monvoy, à demi convaincu, cachait les raisons principales de sa conviction. Il sentait, en outre, que ses propres paroles avaient apporté un appui aux idées du magistrat.

Il réussit momentanément à contenir sa colère; avec la promptitude de jugement qui était, en temps ordinaire, une des qualités de son intelligence, il vit les conséquences, pour lui et pour Gertrude, de cette erreur à ses yeux monstrueuse, même si elle était promptement reconnue.

Jamais son amour n'avait été plus fort, plus ardent; la générosité de sa nature le poussait à se poser en protecteur de la femme aimée qu'il savait être innocente, et si, malgré tout, les paroles paternelles de M. de Monvoy le touchaient, elles le révoltaient également jusqu'au fond du cœur.

—C'est Mme Deplémont que vous soupçonnez particulièrement? demanda-t-il.

—Non... sa fille.

Cébronne s'avança vers M. de Monvoy dans un mouvement violent, mais il s'arrêta court pour répondre avec une chaleur inexprimable:

—Rien n'est meilleur, plus pur, plus innocent que Mlle Deplémont. Je le répète et le dirai hautement partout: elle est ma fiancée, je me considère comme son protecteur naturel et malheur à ceux...

Il leva la main dans un geste éloquent.