—Bien, bien... c'est entendu, répliqua M. de Monvoy qui sentait Bernard sur le point de s'emporter.

Il lui restait à poser une question importante et se demandait comment elle allait être accueillie.

—Docteur, veuillez répondre à la question suivante: Mme Deplémont, m'a-t-on dit, a été longtemps malade; entrait-il de l'aconitine dans son traitement?

—Oui...

—Oui? s'écria M. de Monvoy en levant les sourcils d'un air significatif.

—Oui, reprit Cébronne irrité, mais vous devez savoir à quelle dose infime cette substance est employée, et, jamais à l'état pur comme celle qui a été dissoute pour l'injection. Vous savez que...

Tout à coup il s'interrompit, frappé par un souvenir. Il se rappelait avoir donné à Mlle Deplémont des explications sur la violence du poison et sur la dose relativement faible qui tuerait un homme. Etrange rapprochement! qui le faisait pâlir malgré lui.

Lorsqu'il entrait dans ces explications, une seconde personne allait et venait dans la chambre, mais qui était-ce? Et à quel moment cette conversation sur les propriétés de l'aconitine avait-elle eu lieu? Pendant la période aiguë de la maladie ou plus tard? Dans le premier cas, la personne présente devait être simplement la sœur garde-malade, et alors...

Il souffrait cruellement de son défaut de mémoire, et M. de Monvoy, observant sa physionomie tourmentée, comprenait qu'il eût été très utile pour l'instruction de connaître les pensées secrètes de Cébronne.

Celui-ci sortit de son mutisme pour dire fermement: