—Décidez votre ami à ne pas paraître comme fiancé, reprit le magistrat, suppliez-le! Mettons les choses au mieux: l'innocence de la jeune fille est prouvée, bien! reste le père... Son procès a eu lieu au fond de la province, il n'est pas connu, mais, dans les circonstances actuelles, la honte s'étalera au grand jour.

—Bernard est amoureux fou; de plus, l'honneur, chez lui, est chevaleresque, et il est homme, quand il aime, à ne reculer devant aucun dévouement. Le père ne l'arrêtera pas.

—Bien, bien! j'admets... d'autant que ce malheureux est très malade et n'a peut-être pas trois mois à vivre. Mais, hélas! vous voyez vous-même l'enchaînement des faits; jamais cause, au premier abord, n'a été plus lumineuse.

—Cébronne est trop affirmatif et connaît trop bien cette jeune fille pour que je la croie coupable, répliqua M. des Jonchères, qui entrait dans son rôle de défenseur. N'avez-vous aucun indice sur la nouvelle demeure de Mme Deplémont?

—Non... il est plus malaisé de découvrir deux femmes d'apparence honnête que des rôdeurs de barrière.

L'avocat revint très malheureux chez lui. Il n'omit aucun mot de sa conversation avec M. de Monvoy et supplia Cébronne de renoncer à sa fatale idée.

—Et toi, dit sèchement Bernard. Tu abandonnerais la femme que tu aimes, que tu sais innocente?

—Innocente... c'est la question douteuse, et pour mon affection, il s'agit de toi! Attends, du moins! ne te mets pas en avant. Moi, son avocat, je ferai tout au monde pour la sauver.

Il développa ses idées pendant que la physionomie de M. de Cébronne, ordinairement calme et ferme, exprimait peu à peu une si violente colère que M. des Jonchères s'arrêta court...

—Tais-toi! ou je ne sais...