—Eh bien, Henri, qu'est-ce que tu penses?
—Rien!... c'est simplement la lettre d'une femme qui aime et s'exalte un peu dans le sacrifice qu'elle se voit obligée d'accepter...
—Où vois-tu de l'exaltation? La lettre est réfléchie, au contraire, et presque contrainte. Si elle avait osé, c'est sur un autre ton qu'elle m'eût écrit, j'en suis sûr!
—Je n'aime pas sa phrase sur la volonté de Dieu.
—Tu es superbe, vraiment! Elle parle en femme chrétienne, qui puise ses forces dans un sentiment, ou plutôt une conviction, que nous ne partageons pas, mais que, du moins, nous pouvons comprendre.
—J'ai vu des femmes, des femmes d'éducation soignée, qui jouaient du sentiment religieux pour mieux égarer le jugement des autres.
—Elle est incapable de jouer la comédie, incapable de la moindre fausseté, mais si ton parti est pris, n'en parlons plus!
—Mais non, mon cher ami, je n'ai pas de parti pris; tu t'irrites, et je le comprends! Pour moi, j'étudie chaque nouveau fait. Je doute, c'est vrai, car, jusqu'ici, je ne vois aucune fêlure à l'accusation, sauf sur un point.
—Lequel? dit vivement Bernard.
—L'aconitine... comment en avoir une aussi grande quantité en sa possession? C'est incompréhensible! Mais, enfin, elle en avait. Quant à cette lettre, je te concède qu'elle indiquerait une nature en même temps courageuse et délicate, si...