«Vous avez tort de tant discuter, ma petite, me disait-il quelquefois; c'est un péché d'orgueil. Vous ne m'aurez pas toujours pour vous répondre, et quand vous serez aux prises avec la vie, vous apprendrez qu'on ne discute pas avec elle, qu'on la subit.»
Mais je me souciais bien de la vie! J'avais un curé pour exercer ma logique, et cela me suffisait.
Lorsque je l'avais bien taquiné, ennuyé, harcelé, il s'efforçait de donner à son visage une expression sévère, mais il était obligé de renoncer à son projet, sa bouche, toujours souriante, se refusant absolument à lui obéir.
Alors il me disait:
«Mademoiselle de Lavalle, vous repasserez vos empereurs romains, et vous ferez en sorte de ne pas confondre Tibère avec Vespasien.
—Laissons ces bonshommes, monsieur le curé, lui répondais-je, ils m'ennuient. Savez-vous que, si vous aviez vécu de leur temps, ils vous auraient grillé vif, ou arraché la langue et les ongles, ou coupé en petits morceaux menus comme chair à pâté!»
À ce sombre tableau, le curé tressaillait légèrement, et s'en allait en trottinant, sans daigner me répondre.
Je savais que son mécontentement était arrivé à son apogée quand il m'appelait Mademoiselle de Lavalle. Ce nom cérémonieux en était la plus vive manifestation, et j'avais des remords, jusqu'au moment où je le voyais apparaître de nouveau, les cheveux au vent et le sourire aux lèvres.
II
Ma tante me brutalisait quand j'étais enfant, et j'avais tellement peur des coups que je lui obéissais sans discuter.