—Les Romains étaient héroïques, paraît-il, et je déteste les Romains! Mais valsons, au lieu de causer.»
Et je mettais mon danseur sur les dents.
Mon bonheur atteignit son apogée lorsque, dans ce salon plein de lumière, sous les yeux de ces femmes en grande toilette, au milieu de ce monde dont j'étais si loin peu de temps auparavant, je me vis valsant avec M. de Conprat. Il dansait mieux que tous les autres, c'est certain. Bien qu'il fût grand, et que je fusse extrêmement petite, sa jolie moustache blonde tordue en pointe me caressait la joue de temps en temps, et j'eus quelques petites tentations dont je ne parlerai pas, de peur de scandaliser mon prochain.
Enivrée par la joie et les compliments qui bourdonnaient autour de moi, je dis toutes les bêtises imaginables et inimaginables; mais je fis la conquête de tous les hommes et le désespoir de toutes les jeunes filles.
Le cotillon provoqua chez moi le plus vif enthousiasme, et quand mon oncle, qui avait l'air d'un martyr dans son coin, nous fit signe qu'il était temps de partir, je criai d'un bout du salon à l'autre:
«Mon oncle, vous ne m'emmènerez que par la force des baïonnettes.»
Mais je dus me passer de baïonnettes et suivre Junon qui, belle et digne comme toujours, s'empressa d'obéir à son père sans se soucier de mes récriminations.
Rentrée dans ma chambre, je me déshabillai avec assez de calme; mais en robe de nuit et sur le point de me coucher, je fus prise d'une fringale irrésistible. Je saisis mon traversin et me mis à valser avec lui en chantant à tue-tête.
Junon, dont la chambre n'était pas éloignée de la mienne, entra chez moi d'un air un peu effrayé.
«Que fais-tu donc, Reine?