Ainsi que dans toutes les circonstances de ce genre, je me rappelais des mots et des détails qui, me disais-je, auraient dû m'éclairer vingt fois pour une. Le sentiment dominant en moi, au milieu de beaucoup d'autres très confus, c'était celui d'une colère vive, et ma fierté, se réveillant, grande et irritée, me fit jurer que personne ne s'apercevrait de mon chagrin. J'étais sincère, et je croyais fermement qu'il me serait facile de dissimuler mes impressions alors que j'avais pour habitude de les jeter à la tête des gens.

Je traversais un de ces moments d'irritation pendant lesquels l'individu le plus placide ressent un désir violent d'étrangler quelqu'un ou de casser quelque chose. Les nerfs, qui ne peuvent se soulager par des larmes, ont besoin d'une détente quelconque, et je m'en pris à mes bonshommes en terre cuite dont les grimaces, les sourires me parurent tout à coup odieux et ridicules. Aussitôt je les jetai par la fenêtre, éprouvant un âpre plaisir à les entendre se briser sur le sable de l'allée.

Mais mon oncle, qui passait par là, en reçut un sur son chef vénéré, heureusement pourvu d'un chapeau, et, trouvant le procédé en dehors de toutes les lois de l'étiquette, il y répondit par une exclamation expressive.

«....À quel diable d'exercice vous livrez-vous là, ma nièce?

—Je jette mes bonshommes par la fenêtre, mon oncle, répondis-je en m'approchant de la croisée dont je me tenais assez éloignée pour lancer mes projectiles avec plus de force.

—Est-ce une raison pour me casser la tête?

—Mille pardons, mon oncle, je ne vous avais pas vu.

—Seriez-vous devenue folle subitement, ma nièce? Pourquoi brisez-vous ainsi vos bibelots?

—Ils m'agacent, mon oncle; ils m'impatientent, ils m'énervent!... Tenez, voilà la fin!»

J'en expédiai cinq à la fois, et, fermant brusquement la fenêtre, je laissai M. de Pavol tempêter contre les nièces, leurs fantaisies et le désordre de son allée.