«Ce n'est pas possible! me dit-il d'un accent si convaincu que je pus pas m'empêcher de rire.

—Non seulement il ne m'aime pas, mais il en aime une autre; il est épris de Blanche et l'a demandée en mariage.»

Je lui racontai ce qui était arrivé depuis quelques jours au Pavol: mes découvertes, mon aveuglement et les hésitations de Junon. Je couronnai cette narration en pleurant à chaudes larmes, car mon chagrin était très réel.

Le curé, qui n'avait pu se décider jusque-là à prendre au sérieux mes peines et mes paroles, offrait l'image de la consternation. Il approcha son siège du mien, me prit la main et s'efforça de me raisonner.

«Votre cousine hésite, le mariage ne se fera peut-être pas.

—Qu'importe, puisqu'il l'aime! On ne peut pas aimer deux fois.

—Cela s'est vu cependant, mon petit enfant.

—Je n'en crois rien, ce serait affreux! Je suis bien malheureuse, mon pauvre curé.

—L'avez-vous dit à votre oncle?

—Non, mais il a deviné mes pensées. À quoi bon, du reste? Il ne peut pas forcer Paul à m'aimer et à oublier sa fille. Je ne voudrais pas qu'il connût mon amour, j'aimerais mieux mourir!»