Nous nous mîmes à trottiner vers mon ancienne habitation, sous un agréable soleil de novembre, infiniment moins doux, moins réchauffant que la tendresse de mon curé et la vue de son aimable visage redevenu tout rose depuis mon arrivée. Je regardais avec satisfaction ses cheveux voltiger au vent, sa démarche leste, toute sa personne replète et réjouie que j'avais guettée tant de fois par la fenêtre du corridor, pendant que la pluie fouettait les vitres et que le vent mugissait, sifflait entre les portes délabrées de la vieille maison.

Après une visite à Perrine et à Suzon, je la parcourus du haut en bas. En vérité, le temps ne devrait pas se mesurer sur la quantité des jours écoulés, mais sur la vivacité et le nombre des impressions! Bien peu de semaines auparavant j'avais quitté l'antique masure, et si l'on m'eût dit que, depuis lors, plusieurs années avaient passé sur ma tête, je l'aurais parfaitement cru.

J'entraînai le curé dans le jardin. Pauvre forêt vierge! Elle me rappelait de tristes jours; néanmoins j'eus du plaisir à la parcourir en tous sens.

Et puis le souvenir de quelques heures ravissantes me trottait par la tête; souvenir encore charmant pour moi, malgré l'amertume des déceptions qui avaient suivi un moment de bonheur.

«Vous rappelez-vous, monsieur le curé? dis-je en montrant le cerisier où Paul avait grimpé.

—Pensons à autre chose, petite Reine.

—Est-ce possible, mon cher curé? Si vous saviez combien je l'aime! Il n'a pas de défauts, je vous assure!»

Une fois lancée sur ce chapitre, nulle puissance humaine ou surnaturelle n'aurait pu m'arrêter, d'autant qu'au Pavol j'étais obligée de dissimuler mes idées. Je parlai si longtemps que le malheureux curé était tout étourdi.

Nous passâmes la soirée à bavarder et à nous disputer. Le curé mit en œuvre tout son talent oratoire pour me prouver que la résignation est une vertu remplie de sagesse et facile à acquérir.

«Mon curé, répondais-je d'un air grave, vous ne savez pas ce que c'est que l'amour.