Quand un projet était décidé, M. de Pavol n'aimait point tergiverser pour l'exécuter. Parlant de ce principe, il décida que le mariage de Blanche aurait lieu le 15 janvier.

La déception avait été rude pour lui; mais il eut d'autant moins l'idée de contrarier sa fille qu'il connaissait mon amour, qu'il était franc, loyal, sensé et incapable de s'entêter dans un rêve, lorsque le bonheur de sa nièce était en jeu.

Quant à Paul, il supporta son malheur avec un grand courage. Ainsi que la petite créature qui l'aimait si tendrement sans qu'il s'en doutât, il n'éprouvait pas la moindre velléité de passion farouche. Je certifie qu'il n'eut jamais l'idée d'empoisonner son rival ou de lui couper galamment la gorge dans quelque coin de bois solitaire et poétique.

Lorsqu'il sut ses espérances anéanties, il vint nous voir avec le commandant. Il tendit la main à Blanche en lui disant d'un ton franc et naturel:

«Ma cousine, je ne désire que votre bonheur, et j'espère que nous resterons bons amis.»

Mais cette façon d'agir en héros de comédie ne l'empêchait pas d'avoir beaucoup de chagrin. Ses visites au Pavol devinrent très rares; quand je le voyais, je le trouvais changé moralement et physiquement.

Alors je pleurais de nouveau en cachette, tout en me mettant en rage contre lui. Il eût été si logique de m'aimer! si rationnel de voir que nos deux natures se ressemblaient énormément et que je l'aimais à la folie!

Vraiment, si les hommes étaient toujours logiques, le monde n'en irait pas plus mal, et le moral des gens non plus.

XVIII

Le 15 janvier, il faisait un temps superbe et un froid très vif. La campagne, couverte de givre, avait un aspect féerique. Junon, extrêmement pâle, était si belle dans ses vêtements blancs que je ne me lassais pas de la regarder. Je la comparais à cette nature froide et splendide qui, parée d'une blancheur éclatante, semblait s'être mise à l'unisson de sa beauté.