—Allons, allons, ne nous fâchons pas.»
Et le curé, me donnant une petite tape sur la joue, abrégea la leçon, me dit qu'il reviendrait le lendemain et s'en alla confisquer la clef de la bibliothèque qu'il connaissait sans que je m'en doutasse.
Il n'avait pas encore quitté la cour que ma tante s'élançait sur moi, et me secouant à m'en disloquer l'épaule:
«Vilaine péronnelle! qu'avez-vous dit, qu'avez-vous fait pour que le curé s'en aille si tôt?
—Pourquoi vous mettez-vous en colère, dis-je, si vous ne savez pas ce dont il est question?
—Ah! je ne sais pas! n'ai-je pas entendu ce que vous disiez au curé, effrontée?»
Jugeant que les paroles ne suffisaient pas pour exhaler sa colère, elle me donna un soufflet, me frappa rudement, et me mit à la porte comme un petit chien.
Je m'enfuis dans ma chambre, où je me barricadai solidement. Mon premier soin fut d'ôter ma robe, et de constater dans la glace que les doigts secs et maigres de ma tante avaient laissé des marques bleues sur mes épaules.
«Vile petite esclave, dis-je en montrant le poing à mon image, supporteras-tu longtemps des choses pareilles? Faut-il que, par lâcheté, tu n'oses pas te révolter?»
Je m'admonestai durement pendant quelques minutes, puis la réaction se produisant, je tombai sur une chaise et pleurai beaucoup.