—Parce que les femmes de ce pays-là sont affreuses, balbutiai-je, et que les Russes sont très belles.»

Le bon commandant releva mon visage tout rose de confusion et me répondit simplement:

«Soit, je lui conseillerai d'aller chez les Esquimaux.

—Que je vous aime! dis-je les larmes aux yeux en lui serrant la main. Mais dites-lui de ne pas rester longtemps dans les huttes de ces bonnes gens, de peur d'attraper du mal; il paraît que c'est une odeur atroce.»

Voyant arriver mon oncle, je m'enfuis en disant:

«Commandant, un homme d'honneur n'a que sa parole, tenez bien la vôtre!»

Je montai dans ma chambre avec la conviction très désagréable que j'avais amplement suivi l'exemple du gouvernement, et que je venais de fouler aux pieds tous les principes de la dignité.

Mais bah! si on ne s'aidait pas un peu dans la vie, comment pourrait-on se tirer d'affaire? Cette réflexion fit taire mes remords. Je m'installai à mon secrétaire et j'écrivis:

«Tout est fini, Monsieur le curé! Ils sont mariés, ils sont partis, heureux, ravis, et j'aurais donné dix ans de mon existence pour être à la place de Junon, avec celui que vous connaissez bien. Quand donc en serai-je là?

«Savez-vous ce que mon oncle m'a dit? Il affirme que les hommes qui aiment une seule fois dans leur vie sont aussi rares que le pic de l'Aiguille-Verte. Mon curé, mon cher curé, je vous en supplie, dites votre messe demain pour que M. de Conprat ne soit pas le pic de l'Aiguille-Verte.