Qu'on est heureux de vivre au milieu de braves gens! Je sentis vivement ce bonheur en voyant avec quelle satisfaction ils jouissaient tous de ma joie, avec quelle délicatesse, quelle bonté ils me plaisantaient sur ce fameux secret que, sans m'en douter, j'avais jeté à tous les vents.
Alors commença cette époque ravissante des fiançailles, époque exquise à nulle autre pareille dans la vie. Rien ne remplace ce temps d'amour naïf, de foi, d'illusions complètes et d'enfantillages. Ah! que je plains ceux qui n'ont jamais aimé ainsi! Que je plains ceux que leur folie entraîne loin de l'ornière commune et des affections légitimes! Du reste, jamais, jamais, quelle que soit l'éloquence des gens qui voudront me convaincre, je ne croirai que l'amour vrai puisse exister sans avoir l'estime pour base première.
Nous passions nos jours les plus agréables au presbytère, sous la garde du curé. Nous le regardions trotter dans son jardin, attacher ses plantes à des tuteurs, arracher les mauvaises herbes et s'arrêter dans son travail pour lancer de notre côté un coup d'œil investigateur, afin de nous apprendre qu'il était un mentor sérieux.
Nous nous regardions en riant, car nous connaissions la sévérité de notre gardien débonnaire.
Je m'approchais de l'excellent homme pour m'extasier avec lui sur une fleur, un arbuste ou un fruit, et je lui disais:
«Mon curé, vous rappelez-vous le temps où vous vouliez me persuader que l'amour n'était pas la plus charmante chose du monde?
—Ah! mon petit enfant, je crois que Bossuet lui-même n'eût pu vous convaincre.
—Voyons, n'avais-je pas raison?
—Je commence à croire que si, répondait-il avec son bon, son charmant sourire.
Le jour de mon mariage se leva radieux pour moi. Jamais la voûte céleste ne m'avait paru plus splendide. Depuis lors, on m'a affirmé que le ciel était très couvert, mais je n'en crois rien.