Un chœur de réprobation s'éleva autour de Nadia.

—Oh! princesse! vous le dites, mais vous ne le feriez pas! s'écria l'un des attachés au ministère.

Nadia se leva et promena sur ceux qui l'entouraient un regard assuré.

—Moi? Vous ne me connaissez pas! Eh bien, je le jure en présence de vous tous, qui en êtes témoins, puisque le ciel a voulu me faire riche et de haute naissance, je n'épouserai qu'un homme sans fortune; mais, par son mérite et ses talents, il se sera fait une position honorable. Je le jure!

Elle étendit sa main droite vers le ciel et la mer, pour les prendre à témoin de son serment.

—Nadia! fit son père frappé au cœur.

—Je l'ai juré, mon père, répéta la jeune fille; mais vous savez bien que je ne contrecarrerai pas vos désirs; je saurais vivre et mourir près de vous, sans désirer d'autre bonheur.

La musique avait fini de jouer, la foule se dispersait, et le roulement des équipages avait recommencé. Les eaux cessèrent de se faire entendre, et le silence régna sous les grands arbres.

—Princesse, dit tout bas Korzof, j'aurais à vous parler; daignerez-vous m'accorder un moment d'entretien?

—Quand il vous plaira, fit Nadia, les yeux encore pleins d'une flamme hautaine.