—Non, mon père, cela n'est pas, répondit-elle fermement, quoiqu'elle fût devenue très-pâle; mais si cela était, y verriez-vous du mal?
—Certainement! Écoute bien, mon enfant: je ne mettrai pas d'obstacles au mariage de ton choix, pourvu que tu m'amènes un gendre bien élevé, homme du monde, un gendre digne de moi, et digne de toi; les étudiants peuvent avoir du génie, Nadia, mais ils ont des familles impossibles. Voyons! sois franche! accepterais-tu d'être la bru d'un prêtre de village ou d'un petit épicier de province, ou d'un employé de quatorzième classe au ministère des affaires étrangères... quand le ministre actuel a demandé ta main il n'y a pas trois mois!
Nadia écoutait respectueusement sans la moindre apparence de rébellion, mais avec la même fermeté de maintien.
—Mon père, dit-elle, le ministre avait cinquante ans, et pour mille raisons qu'il serait superflu de vous donner, je ne pouvais l'aimer; par conséquent, je ne pouvais l'épouser. Vous connaissez le respect que j'ai de moi-même; pourquoi alors me prêter des pensées que je ne saurais avoir? L'homme qui sera mon mari, qui sera votre gendre, sera forcément un homme du monde, instruit et bien élevé; sans cela, comment l'aimerais-je?
—Tu auras alors beaucoup de peine à mettre d'accord tes théories utilitaires avec tes sympathies personnelles, fit le prince avec un soupir.
—Alors j'aimerais mieux ne jamais me marier, répondit la jeune fille, avec un sourire charmant.
—Si tu crois que tu m'ouvres là une perspective rassurante! s'écria Roubine. Une vieille fille philanthrope et humanitaire, un vrai fléau! Quel avenir!
—Ne grondez plus, mon père, je vais vous faire un peu de musique.
Elle penchait vers lui son beau visage avec tant de grâce câline, tant d'abandon filial, que, malgré son humeur, il ne put y résister, et il embrassa la joue fraîche qui s'offrait à lui.
—Pas de musique sérieuse, répondit-il; mais si tu me jouais une valse de Strauss, cela changerait peut-être le cours de mes idées.