—Allons, Reine, allons, vous savez qu'il faut pardonner les injures.

—Ah! par exemple! m'écrirai-je en reculant brusquement ma chaise et en me promenant à grands pas dans le salon, je ne lui pardonnerai jamais, jamais!»

Le curé se leva de son côté et se mit à marcher en sens inverse de moi, de sorte que nous continuâmes la conversation en nous croisant continuellement, comme l'ogre et le petit Poucet, quand celui-ci a volé une des bottes de sept lieues et que le monstre est à sa poursuite.

«Il faut être raisonnable, Reine, et prendre cette humiliation en esprit de pénitence, pour la rémission de vos péchés.

—Mes péchés! dis-je en m'arrêtant et en haussant légèrement les épaules; vous savez bien, monsieur le curé, qu'ils sont si petits, si petits que ce n'est pas la peine d'en parler.

—Vraiment! dit le curé qui ne put réprimer un sourire. Alors, puisque vous êtes une sainte, prenez vos ennuis en patience pour l'amour de Dieu.

—Ma foi, non! répliquai-je d'un ton très décidé. Je veux bien aimer le bon Dieu un peu..., pas trop,—ne froncez pas le sourcil, monsieur le curé,—mais j'entends qu'il m'aime assez pour ne point être satisfait de me voir malheureuse.

—Quelle tête! s'écria le curé. Quelle éducation j'ai faite là!

—Enfin, continuai-je en me remettant en marche, je veux me venger, et je me vengerai.

—Reine, c'est très mal. Taisez-vous et écoutez-moi.