Korzof ne répondit pas. Au bout d'un instant, contristé, il reprit:

—Vous pensez beaucoup aux autres, princesse, et pas du tout à moi. Je crains bien de n'avoir pas réussi à vous inspirer la plus légère sympathie.

D'un mouvement spontané, Nadia lui tendit la main.

—Ah! ne croyez pas cela, dit-elle.

Elle rougit aussitôt et retira sa main. Des larmes brûlantes montèrent à ses yeux, et, pour la première fois de la vie, elle s'aperçut qu'elle pourrait bien s'être trompée.

—Que voulez-vous de moi, alors? fit Korzof très-ému.

Ils étaient brisés tous les deux, comme après quelque violent effort physique. La difficulté qu'ils trouvaient à s'entendre pesait sur eux comme une montagne.

—Je voudrais, dit tout à coup Nadia, je voudrais que vous ne fussiez pas riche. Je comprends que vous ne puissiez pas vous résigner à vous dépouiller d'une fortune qui ne vous sert qu'à faire de nobles actions; et moi, j'ai juré d'épouser un homme sans fortune...

—C'était un vœu téméraire, dit doucement Korzof.

—Il se peut, répondit-elle en détournant son visage couvert de rougeur; mais il existe, ce vœu; je ne puis m'en dédire.