Dmitri Korzof s'avançait vers elle, le visage tranquille, mais avec une joie secrète dans le regard. Il lui tendit la main; elle y posa rapidement ses doigts gantés, qu'elle retira aussitôt; mais, dans cette étreinte passagère, elle avait senti quelque chose de confiant et d'heureux que ne démentait pas le timbre de la voix du jeune homme.
—On s'amuse ici, dit-il.
—Oui, comme vous le voyez. Vous nous manquiez.
—J'arrive de Pétersbourg il n'y a qu'un instant.
Roubine passait derrière eux.
—Vous ne pouviez pas venir pour l'heure du dîner? dit-il d'un ton plaisamment bourru.
—Non, prince, c'était impossible. Je l'ai regretté, je vous l'affirme.
Il n'avait pourtant pas l'air de regretter quoi que ce soit; c'est ce que pensa Nadia, et tout à coup une sorte de jalousie bizarre et irréfléchie s'empara d'elle.
—Il a l'air bien content, pour s'être vu refuser ma main! pensa-t-elle.
Une insurmontable envie de pleurer la saisit, et elle voulut s'enfuir, mais l'orchestre jouait une valse; Korzof s'inclina devant elle, passa un bras autour de sa taille, et ils commencèrent à valser au milieu d'un tourbillon de traînes flottantes. Au second tour, elle fit un mouvement indiquant qu'elle désirait se reposer, et il la conduisit vers un petit canapé, placé entre deux portes, dans un endroit relativement tranquille; elle s'assit et il resta debout devant elle.