—Vous m'attendrez trois ans? fit-il avec une ombre de tristesse.

—Trois ans! qu'est cela auprès de la vie, et de l'éternité!

Ils retombèrent dans leur silence heureux. Jamais ils ne s'étaient sentis si calmes ni l'un ni l'autre. Il leur semblait que cette résolution avait jeté leurs vies dans un moule d'où elles sortaient avec une forme définitive, immuable.

—Eh bien, je vous demande un peu ce qu'ils font là! s'écria le prince en les apercevant, sur un embarcadère! À moins de pêcher à la ligne, vraiment je ne vois pas...

Les deux jeunes gens s'étaient levés et avaient déjà franchi la passerelle.

Nadia courut à son père, posa son front sous ses lèvres et se blottit sous son bras avec un geste câlin. Korzof s'était approché plus posément, et prit la main de la jeune fille, et, d'un même mouvement, ils s'agenouillèrent devant le prince, sur l'herbe de la rive.

—Fiancés? s'écria Roubine, abasourdi, mais enchanté.

—Bénissez-nous, dit Korzof sans se relever.

Très-grave, trop ému pour parler, le prince fit sur eux le signe de la croix, puis il les releva d'une étreinte affectueuse «t les tint embrassés un instant.

Quand il fut un peu revenu à lui: