«Et vos héros, monsieur le curé? et vos Grecs? et vos Romains?

—Oh! les hommes d'aujourd'hui ne ressemblent guère à ceux d'autrefois, disait le curé, bien convaincu qu'il exprimait une grande vérité.

—Et les curés? reprenais-je.

—Les curés sont hors de cause», répondait-il avec un bon sourire.

Ce genre de conversation, rempli de sous-entendus, avait pour privilège de m'agacer énormément. J'avais conscience qu'un monde d'idées et de sentiments, que je ne devais pas tarder du reste à découvrir, m'était fermé. Je doutais que le jugement porté par ma tante sur l'humanité fût absolument juste, mais je comprenais que j'ignorais beaucoup de choses et que je risquais de croupir longtemps dans mon ignorance.

Un matin que je méditais sur cette lamentable situation, l'idée me vint de consulter les trois personnes que j'étais à même de voir tous les jours: Jean, le fermier, Perrine et Suzon.

Cette dernière ayant vécu à C..., je décidai que son appréciation devait être basée sur une grande expérience, et je la gardai pour la bonne bouche.

M'enveloppant dans un capulet, je pris mes sabots et m'acheminai vers la ferme, située à un kilomètre de la maison.

Tout en barbotant, pataugeant, enfonçant, j'arrivai près de Jean, qui nettoyait sa charrue.

«Bonjour, Jean.