«Mais un curé, pensais-je, doit avoir sur l'amour des idées erronées et extraordinaires, car, puisqu'il ne peut pas se marier, il ne peut pas aimer. Pourtant François Ier était marié, et... Je ne comprends rien à tout cela! et il faut que je m'éclaire.»

Il y avait un tel chaos dans mes pensées que, malgré mes préventions dédaigneuses sur les appréciations de mon curé, je résolus d'entamer avec lui ce sujet scabreux.

Ce pauvre curé s'apercevait parfaitement que mon esprit était dans un grand trouble, mais il avait trop de finesse et de bon sens pour avoir l'air d'attacher de l'importance à des impressions auxquelles la provocation d'une confidence aurait pu donner un corps. Il cherchait à me distraire par tous les moyens à sa portée, et, prenant le parti de venir chaque jour au Buisson, il prolongeait la leçon indéfiniment.

Nous étions assis à notre fenêtre; ma tante, souffrante depuis quelque temps, s'était retirée dans sa chambre; j'errais dans la lune, et le curé s'évertuait à m'expliquer mes problèmes.

«Voyez donc ce que vous avez fait, Reine! vous avez opéré sur des kilogrammes au lieu d'opérer sur des grammes. Et ici, étant donnés 3/5 multipliés par...

—Monsieur le curé, dis-je, devinez quelle est la chose la plus ravissante sur la terre?

—Quoi donc, Reine?

—L'amour, monsieur le curé.

—De quoi allez-vous parler, ma petite! s'écria le curé avec inquiétude.

—Oh! d'une chose que je connais très bien, répondis-je en secouant la tête d'un air entendu. Je me demande même pourquoi vous ne m'en avez jamais dit un mot, puisque cela se voit tous les jours.