J'avoue que mon tempérament, qui ne brille pas par la corde héroïque, s'arrange de cette morale douce et facile.
Néanmoins, il en tenait pour ses héros; il les admirait, les exaltait, les aimait d'autant plus, sans doute, que, le cas échéant, il se sentait absolument incapable de les imiter.
Quant à moi, je ne partageais ni ses goûts, ni ses admirations. J'éprouvais une antipathie prononcée pour les Grecs et les Romains. Par un travail subtil de mon intelligence fantaisiste, j'avais décidé que ces derniers ressemblaient à ma tante..., ou que ma tante leur ressemblait, comme on voudra, et, du jour où je fis ce rapprochement, les Romains furent jugés, condamnés, exécutés dans mon esprit.
Cependant le curé s'obstinait à barboter avec moi dans l'histoire romaine, et je m'entêtais, de mon côté, à n'y prendre aucun intérêt. Les hommes de la République me laissaient froide, et les Empereurs se confondaient dans ma tête. Le curé avait beau pousser des exclamations admiratives, se fâcher, raisonner, rien n'ébranlait mon insensibilité et mon idée personnelle.
Par exemple, racontant l'histoire de Mucius Scévola, je terminais ainsi:
«Il brûla sa main droite pour la punir de s'être trompée, ce qui prouve qu'il n'était qu'un sot!»
Le curé, qui m'écoutait un instant auparavant d'un air béat, tressautait d'indignation.
«Un sot! mademoiselle... Et pourquoi cela?
—Parce que la perte de sa main ne réparait pas son erreur, répondais-je, que Porsenna n'en était ni plus ni moins vivant, et que le secrétaire ne s'en portait pas mieux.
—Bien, ma petite; mais Porsenna fut assez effrayé pour lever le siège immédiatement.