J'étais encore dans mon lit, sommeillant à moitié, me dorlotant avec béatitude, ouvrant de temps en temps un œil pour contempler avec ravissement ma chambre gaie et confortable, mes petits bonshommes en terre cuite et les arbres que je voyais par ma fenêtre ouverte. Blanche entra chez moi, vêtue d'une robe traîtante, les cheveux sur les épaules et le front soucieux.

«Aussi belle que la plus belle des héroïnes de Walter Scott! dis-je en la regardant avec admiration.

—Petite Reine, me dit-elle en s'asseyant sur le pied de mon lit, je viens causer avec toi.

—Tant mieux. Mais je ne suis pas bien éveillée et mes idées s'en ressentiront.

—Même s'il est question de mariage? reprit Blanche, qui connaissait déjà mon opinion sur ce grave sujet.

—De mariage? Me voilà très éveillée, dis-je en me redressant subitement.

—Tu désires te marier, Reine?

—Si je désire me marier!... Quelle question! Je crois bien, et le plus tôt possible. J'adore les hommes, je les aime bien plus que les femmes, excepté quand les femmes sont aussi belles que toi.

—On ne doit pas dire qu'on adore les hommes, dit Blanche d'un air sévère.

—Pourquoi cela?