O Ciel! en quel estat la Fortune me range:
Mais ce n'est point le Ciel, ny la Fortune aussi,
C'est la desloyauté de l'ingrat que voicy,
Ou plustost ma bonté de qui je me doy plaindre,
Apres le plus grand coup qui me pouvoit atteindre;
En effait je m'accuse, & ne te blasme plus;
Toute Amante qui s'offre est digne de refus,
L'excez de mon amour trop prompte & trop brulante,
A fait mourir la tienne, ou l'a rendu plus lente,
Et le Ciel contre moy justement animé
Me veut punir par toy de t'avoir trop aymé:
Ce n'est pas toutesfois qu'une si belle faute
N'eust produit autre effect en une ame plus haute,
Et que l'extréme ardeur de mon zele amoureux
N'eust confirmé l'amour dans un cœur genereux:
Mais tu disois tantost devant la compagnie,
Parlant de la Fortune & de sa tyrannie,
Que jusques à ton nom elle t'a tout osté,
Adjoustes-y le cœur, l'honneur & la bonté;
L'un ou l'autre des trois t'eust defendu d'éclorre
Le coupable dessein qui fait que je t'abhorre,
Non pour m'avoir manqué de constance & de foy,
Puisque c'est un defaut assez commun de soy;
Et que peut-estre aussi ma beauté n'est pas telle
Qu'elle puisse arrester un esprit infidelle,
Mais pour l'indignité de ton lasche conseil,
En toute circonstance à nul autre pareil:
Indiscret, impudent, desobligeant, infame,
Et qui montre en un mot les vices de ton ame,
Ingrat qui ne veut point d'un present de valeur,
Afin d'en enrichir un illustre voleur;
Cruel qui refusant une Princesse offerte,
Veux encor par serment l'obliger à sa perte.
CELIE.
Voyez, rien ne l'esmeut ce cœur dénaturé.
ISMENIE.
Bien donc, puis qu'il te plaist, & que je l'ay juré,
Je subiray la loy que ta rigueur m'impose;
Mais un songe & cela sera la mesme chose,
Tant la mort à l'hymen sera jointe de prés,
Et le mirte amoureux au funeste cyprés:
Adieu, separons-nous.
CELIE.
Ah l'ingrat
ISMENIE.
Le barbare
LEPANTE.