FELICE, CELIE.

FELICE.

AH! Dieux, voicy ma sœur; pauvre fille enlevée,
Tu sois la bien venuë, & la bien retreuvée,
Que je te baise encor, je ne m'en puis lasser,

CELIE.

Ny moy qui viens exprés afin de t'embrasser,
Et de te raconter le traitement indigne
Que nous avons souffert de ce Tyran insigne,
Puisque Prince est un nom qu'on ne luy peut donner
Sans abuser du terme, ou sans le prophaner;
Et que tel qu'un voleur, sous pretexte qu'il ayme,
Il est venu de force, il est entré de mesme,
En nous treuvant au lict demy-mortes d'effroy,
N'a fait qu'un seul fardeau de Madame & de moy.

FELICE.

Pourquoy ne crieiz-vous pour éveiller la Garde
Quand on vous emportoit?

CELIE.

Vray'ment nous n'avions garde,
Leurs mains & leurs mouchoirs sur nos bouches pressez,
Sans la peur du peril, nous en gardoient assez;
Et puis sa compagnie eust esté la plus forte;
Cent hommes l'attendoient à la prochaine porte,
Que pour certain respect on ne garde jamais
Depuis que ce meschant loge dans le Palais:
Au reste il est constant qu'on nous avoit venduës,
Les clefs de nostre chambre ayant esté perduës
Une heure justement avant qu'on se couchast,
Quoy qu'Armille elle-mesme avec soin les cherchast:
Mais elle les cherchoit & les avoit baillées;
Car le bruit des voleurs nous ayant éveillées,
J'ay fort bien observé qu'apres deux ou trois coups
Quelqu'un a fait sauter les deux petits verroux,
De façon que sans peine ils ont fait ouverture,
Ce qu'ils n'eussent peu faire en forçant la serrure,
Dont les cloux sont si forts, & les ressorts si bons,
Qu'on romproit aussi-tost la muraille & les gonds:
Si bien, qu'à dire vray, toutes tant que nous sommes
Devons nostre Maistresse au secours de deux hommes.

FELICE.