Si Lepante eut repris son sceptre avec son nom,
Que la Cour seroit belle, & qu'il y feroit bon,
Que d'habits brodez d'or, & que de pierreries,
Ha ma sœur que de bals, que de galenteries.
CELIE.
On ne laissera pas d'en faire sans cela;
Car avec la justice & les forces qu'il a,
Selon toute aparence il luy sera facile
De reprendre en deux mois la Corse & la Sicile,
Et puis l'usurpateur est à nostre mercy:
Mais Dieux j'entends sa voix, le brutal vient icy,
Fuyons; j'avois laissé Madame chez Dorante,
Allons-y la treuver.
FELICE.
Allons j'en suis contente.
SCENE III.
LYPAS, ERPHORE.
LYPAS.
O Fatale Provence! ô desloyale Cour!
Où j'ay pour ennemis la Fortune & l'Amour,
Dont l'un m'oste une femme & l'autre une Couronne,
Ainsi de tous costez le malheur m'environne,
Ainsi de quelque part que j'observe mon sort,
Je ne voy que sujets de desirer la mort;
Battu, mocqué, trahy par un Prince infidelle
Qui choisit à sa sœur un party digne d'elle:
Lasche sœur qui prefere à l'amour d'un grand Roy,
L'indigne affection d'un Pirate sans foy:
Frere ingrat, au delà de toute ingratitude,
Qui pour tous mes bien-faits me met en servitude,
Qui pour mon alliance & mes tresors offers
Me retient mes vaisseaux, met les miens dans les fers,
M'oste mes Officiers, & permet qu'à ma veüe
Un Bourgeois insolent les mal-traite & les tue;
Enfin qui non content de m'avoir abusé,
M'ameine un faux Lepante, un Prince suposé,
Afin de partager la Sicile & la Corse
Avec cet heritier dont le droit est la force.
ERPHORE.