NICAS.
C'est qu'estant sur le point de me separer d'elle,
(Helas! voicy le bien d'où mon mal est venu)
Cet Esprit jusqu'alors tousjours si retenu,
Oubliant la froideur qu'il nous avoit montrée
Nous permit dans sa chambre une secrette entrée,
Où seul sur le minuit je fus luy dire adieu
Malgré tous les soupçons, & de l'heure, & du lieu;
C'est là que toute chose augmentant mon audace
En cherchant un baiser, je treuve ma disgrace,
Ses yeux auparavant si calmes & si clairs
Me lancent des regards qui semblent des éclairs,
Et sa bouche offencée aux injures ouverte,
Me foudroye en ce mots, qui causerent ma perte:
Indiscret, me dit-elle, apres cet accident
Ne me montre jamais ton visage impudent,
Meurs, & soüille la Mer de tes flames impures.
ISMENIE.
O! Ciel, que de rapport avec mes adventures.
NICAS.
Je pense l'apaiser, je me jette à genoux,
Mais en vain, ma presence augmente son courroux,
Elle m'ordonne encor le trépas pour suplice,
Pleure, souspire, plaint, appelle sa Nourrice,
Et luy commande enfin de me mettre dehors:
Là pressé de douleur, de honte & de remors,
Je gagne une fenestre effroyablement haute,
De qui le pied respond dans la mer où je saute,
Qui depuis ce temps là m'a tousjours retenu
Jusques à maintenant que j'en suis revenu,
Pour vous rendre, Madame, un eternel hommage.
EVANDRE.
Tout va bien, la Princesse a changé de visage.
ISMENIE.
Seigneur, quelque discours qui me puisse affermir,
Vostre effroyable saut me fait encor fremir,
Et vous fistes tous deux une imprudence extresme,
L'un commanda trop tost, l'autre obeit de mesme.