Il fit plus sagement,
Sa moderation surprit mon jugement,
Je creus que ce galand & genereux Corsaire
Me menaçoit d'un coup qu'il ne voudroit pas faire,
Et que sa vanité (comme il peut advenir)
M'obligeoit à promettre, & non pas à tenir:
Cependant s'il le veut, il faut que je le fasse,
Et le grand Roy Lypas m'excusera de grace;
C'est pourquoy, sage Erphore, allez le disposer
A gouster la raison qui me doit excuser;
Dites luy que pour moy (comme il est veritable)
J'ay de son déplaisir un regret incroyable,
Qu'apres un accident si digne de pitié,
Je suis encor heureux d'avoir son amitié,
Et que je perds assez perdant son alliance,
Sans que mon mauvais sort m'oste sa bienveillance;
Enfin obligez-moy de luy representer
Le destin qui me force à la mécontenter,
Puisque telle est pour moy ma parole donnée
Touchant ce malheureux & funeste hymenée.
ERPHORE.
Seigneur, à dire vray, je souhaiterois bien
Qu'un autre luy donnast ce fascheux entretien;
Car je ne doute point qu'il ne treuve bien dure,
Et la chose elle-mesme, & vostre procedure,
Il ayme la Princesse, & difficilement
La poura-t'il ceder à cette indigne Amant;
Je tascheray pourtant d'empescher sa furie,
Ou de la moderer.
DORANTE.
Allez, je vous en prie,
Et faites que le tout se passe à la douceur,
O! Prince infortuné: Mais j'apperçoy ma sœur,
Il faut pour quelque temps éviter ses approches,
Ses plaintes, ses regrets, & ses justes reproches.
SCENE II
ISMENIE, EVANDRE, CELIE.
ISMENIE.
Et pourquoy si long-temps m'a-t'il voulu cacher
Ce funeste secret?
CELIE.