Si vostre affection est pareille à la mienne
Lepante; nous voicy les deux plus malheureux
Qui jamais ayent souffert sous l'Empire amoureux;
Le sort qui jusqu'icy pour nous faire la guerre
Sembloit se contenter des Tyrans de la terre,
Nous suscite aujourd'huy les Monstres de la Mer
Pour les joindre possible avec ceux de l'Enfer:
Ce n'est plus à Lypas que je suis destinée,
C'est au fier Axala que je seray donnée,
Si par vostre conseil, ou par vostre valeur,
Vous ne m'ostez bien-tost de ce pressant malheur,
Je l'appelle pressant, puisque demain, peut-estre,
Il viendra m'enlever des bords qui m'ont veu naistre,
Pour vivre, comme il fait, des miseres d'autruy,
A la mercy des flots, que je crains moins que luy,

LEPANTE.

Mais si vous n'aviez pas le malheureux Lepante,
Comment soustiendriez-vous cette fiere tourmente?
Quel phare en cette nuict vous monstreroit le port?

ISMENIE.

En cette extremité j'irois droit à la mort;
Depuis qu'on m'a parlé d'une flâme nouvelle,
Ma resolution a tousjours esté telle.

LEPANTE.

Et maintenant encor, qu'avez-vous resolu?

ISMENIE.

D'eslire le trépas que vous aviez esleu,
D'aller du mesme endroit, & sur vos mesmes traces,
Estouffer dans la Mer ma vie & mes disgraces.

LEPANTE.