«Chacune des dames tenait en main un faisceau de verges souples et solides et nouées avec des rubans correspondant à la couleur de leurs vêtements.
Sur l'ottomane où j'avais subi ma dernière fustigation étaient déposées deux autres verges.
—Marguerite Anson! Approchez! me dit Mme C… de nouveau. J'avançai timidement, appréhendant une nouvelle fessée…
—Agenouillez-vous!
Je m'agenouillai et elle me fit cadeau d'une verge en m'informant que j'étais maintenant une servante du Joyeux Ordre de Sainte-Brigitte, que j'étais autorisée à prendre part à leurs cérémonies et que j'étais tenue de faire tout ce que l'on me demanderait.
Puis on m'enjoignit d'aller me placer à l'extrémité de la salle, et de m'apprêter à faire à celle dont le tour était venu, absolument la même chose qui m'avait été faite à moi.
Il saute aux yeux qu'une répétition d'une flagellation de ce genre entre femmes ne peut que devenir insipide à la longue, car elles ne varient que fort peu. Pour faire diversion, l'auteur intercale dans son récit des réminiscences évoquées par les dames présentes, au cours desquelles l'élément masculin est mis en scène.
Une anecdote surtout est impayable: c'est l'histoire d'un monsieur qui, se faisant passer pour un inspecteur scolaire du gouvernement, fait une tournée d'inspection dans tous les pensionnats de jeunes filles où les plus belles d'entre les élèves sont fouettées en sa présence.
L'auteur adopte la thèse, d'après laquelle une certaine délicatesse et du savoir-faire sont des qualités essentiellement requises en flagellation.
«Il y a, dit-il, une grande différence entre les différents modes d'administrer les verges. Il n'y a aucune jouissance à puiser dans le maniement des verges ou dans la réception des coups, quand la chose est pratiquée de la même manière qu'emploierait une femme vulgaire dans un accès de colère. Mais, quand la verge est maniée par une dame du monde, élégante, avec dignité et grâce dans le maintien et dans l'attitude, le fait de pratiquer la flagellation et de la subir deviennent également une source de réel plaisir[28].»