En comparaison avec son genre, cette brochure n'est pas mal écrite. Elle nous donne un aperçu de ce qu'étaient certains établissements de Londres et notamment le White House (maison Blanche), la Den of Mother Cummings (Repaire de la Mère Cummings), l'Élysée de Brydges Street, etc.

Voici d'ailleurs le résumé de l'affaire Potier. Elle est intéressante:

«A cette époque (en juillet 1863), sur la demande de la Société de Protection des Femmes, une perquisition fut opérée dans l'Académie, alors très en vogue, de Sarah Potter, alias Stewart, dans la Wardour Street[31] et une rare collection d'accessoires et d'instruments de flagellation fut saisie et transportée au palais de justice de Westminster. C'est alors seulement que le grand public apprit que des jeunes filles étaient débauchées dans l'École de flagellation de la femme Stewart, pour être soumises à la fustigation de la part de jeunes et de vieux amateurs de ce sport particulier, au grand profit de cette honnête dame. Les spécimens les plus curieux de son stock d'instruments servant à son industrie consistaient en une échelle pliante, avec des entraves, des verges de bouleau, des balais de chiendent et d'accessoires secrets à l'usage des hommes et des femmes.

[31] Ce fait n'est pas tout à fait exact, en ce sens que la perquisition eut lieu au no 3 de Albion Terrace, Kings Road à Chelsea, où cette dame habitait après avoir déménagé de Wardour Street.

Sa méthode de procéder dans sa petite industrie était la suivante. Elle attirait des jeunes filles, les nourrissait, les logeait et les habillait et en retour elles étaient obligées de se prêter aux caprices des protecteurs de cette pension de famille d'un nouveau genre.

Elles étaient fouettées de différentes façons. Quelquefois on les fixait à l'échelle: d'autres fois elles étaient pourchassées à coups de fouet par la chambre; parfois on les couchait sur le lit. On avait recours à toutes les variations et à tous les raffinements qu'une imagination pervertie pouvait inventer, pour varier dans la mesure du possible les orgies, en retour desquelles la maîtresse de maison touchait des sommes variant entre 5 et 15 livres sterling. Les bénéfices que la Stewart tirait de cette école lui permettaient de tenir des valets et une maison de campagne, au grand scandale de la communauté.»

Ce récit est évidemment exagéré. On ne pourrait admettre que la jeune fille fût flagellée contre sa volonté, car elle avait pour habitude de fouetter des messieurs et de se soumettre elle-même à l'opération quand elle était payée en conséquence. Il est un fait certain, c'est qu'elle retourna chez Mme Potter dès que celle-ci fut relâchée de prison et habita avec elle pendant longtemps à Howland Street.

Mistress Sarah Potter, alias Stewart fut une matrone d'une certaine importance qui, à un moment donné réalisa de grosses sommes. Au cours de sa carrière accidentée elle changea très souvent de domicile.

Sous ses auspices, les flagellations étaient appliquées presque exclusivement aux messieurs quoique de temps en temps il arrivait que des jeunes filles y étaient soumises. Elle avait pour spécialité de procurer de très jeunes filles avec les parents desquelles elle prenait préalablement des arrangements pour éviter dans la suite des désagréments éventuels. Elle habillait ces enfants de costumes suggestifs et leur enseignait des tours variés, pour amuser ses clients.

Le Roman de la Castigation; ou les Révélations de miss Darcy.