Malheureusement, je ne pus dormir; je rêvai continuellement d'un être formidable qui luttait avec moi, et qui réussissait à me ravir ma virginité.

Je me levai le jour à peine éclos, me demandant anxieusement où nous serions dans vingt-quatre heures, m'attendant absolument à voir se réaliser les menaces de Randolph.

Le jour passa lentement, à chaque instant il me semblait entendre les pas des gens de police, et je surveillai avec angoisse la grande avenue qui conduisait à la maison.

Le soir vint enfin, sans que rien d'extraordinaire se soit passé. Vers neuf heures, un esclave marron vint nous demander l'hospitalité, et, en soignant la pauvre créature, j'oubliais mes propres peines.

Plusieurs jours passèrent ainsi, en des alternatives de crainte et de quiétude.

Je commençais à retrouver un peu d'assurance, mais j'avais grande envie de fuir; je demandai un jour à Miss Dean si elle ne pensait pas avoir assez fait pour la cause de l'émancipation et si elle ne retournerait pas bientôt chez elle.

Elle ne voulut pas entendre parler d'une semblable chose. Elle se rendait très utile, disait-elle, et, au moins pour quelque temps encore, elle voulait rester dans la station.

Quinze jours passèrent encore, et j'étais tout à fait rassurée. Je pensais que Randolph ne se souvenait plus de son acte de lâcheté.

Je ne l'avais pas revu depuis la fameuse scène à laquelle je ne pouvais penser sans honte. Je devais, hélas! me retrouver avec lui, dans une circonstance sinon moins terrible que la dernière, du moins très pénible.