Un peu remise, elle releva son pantalon qui traînait à terre, et, toute rougissante du regard des hommes, encore fixé sur elle, elle le rattacha péniblement autour de sa taille. Deux des bourreaux, la saisissant sous les bras, la conduisirent à la vérandah, où elle s'étendit de tout son long sur un canapé, incapable du moindre mouvement.

Je vous laisse a penser l'état d'épouvante en lequel j'étais. Les paroles brutales de ces hommes me faisaient rougir; je me sentais prise de fureurs soudaines contre ces barbares et, aussi, prête à leur adresser toutes les supplications. J'étais envahie de pitié pour ma malheureuse compagne et terrifiée par la perspective du châtiment qui m'était réservé. Je n'ai jamais pu supporter la moindre douleur physique.

Stevens ramassa la baguette neuve, et, s'adressant à ses hommes:

—Maintenant, dit-il, nous allons opérer sur ce tendron; amenez-la, mes amis.

A ces mots, voyant qu'il n'y avait personne derrière moi, je résolus de fuir, et pris mes jambes à mon cou. J'aurais mieux fait de rester tranquille, je n'avais pas fait trois mètres qu'une main me saisissait au cou et, avec la rapidité de l'éclair, je me trouvais solidement attachée à l'échelle.

Stevens me déshabilla lui-même lentement. Mes jupes et ma chemise furent roulées sous mes bras et quand il arriva au pantalon, il s'arrêta. Je portais le pantalon ordinaire, très large de jambe et fendu au milieu.

—Regardez, dit-il, elle a aussi des pantalons, mais ils sont faits autrement et recouverts de dentelles.

Puis, sur une remarque fort grossière à propos de la fente, les hommes s'esclaffèrent tandis que je pleurais à chaudes larmes.

Il fit tomber mon dernier vêtement et je sentis sur ma chair nue le frôlement caressant de la brise.

J'étais anéantie par la honte. Je sentais peser sur moi le regard et une indicible angoisse me poignait la gorge; ce n'était là, hélas, que le préambule de l'horrible supplice auquel j'allais être soumise.