Ma voix cassée et ma main impuissante,
Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.
Sur le trottoir désert, une jeune fille venait à ma rencontre. Elle avait à la main quelques paquets, et un petit rouleau à musique sous le bras. Sa démarche était pleine d’aisance et de grâce. Son visage levé souriait faiblement. On eût dit qu’elle allait au-devant d’une amie. Quand elle ne fut plus qu’à quelques pas, je vis qu’elle était blonde et fort belle, d’une beauté toute spirituelle révélant une âme tendre, rêveuse, infiniment consciencieuse… Comme elle passait près de moi, elle porta soudain d’un geste instinctif la main à son genou, et le rouleau qu’elle tenait sous le bras glissa à terre sans qu’elle s’en aperçût. Lorsque je me relevai pour le lui remettre, elle disparaissait dans l’ombre d’une allée où je la suivis étourdiment. Je reconnus trop tard mon indiscrétion : la jeune fille se retournait déjà, laissant tranquillement retomber sa jupe sur une jambe dont la vue suffit à m’immobiliser dans une sorte d’extase béate et stupide. Nous étions l’un en face de l’autre. Je lui tendais le petit rouleau en balbutiant des incohérences de l’air le plus niais du monde, et elle me considérait, rougissante, de l’air le plus alarmé. Enfin elle comprit tout, avança la main, saisit le rouleau ; et comme je m’inclinais, elle me remercia d’un sourire si doux que je ne peux l’évoquer aujourd’hui sans en sentir au plus profond du cœur la caresse…
Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre ;
Je ne souhaite encore point mourir.