Pour éviter des frais inutiles, D.... jugea prudent de renoncer à une entreprise commencée sous de si malheureux auspices, et il se décida à revenir à Paris. Le Componium fut, en conséquence, démonté pièce à pièce, mis dans des caisses et ramené en France.
D.... espérait faire rentrer son instrument en franchise de droits. Mais lors de sa sortie de France, il avait oublié de remplir certaines formalités indispensables pour obtenir ce bénéfice; la douane l’arrêta, et il fut obligé d’en référer au ministre du commerce. En attendant la décision ministérielle, les caisses furent déposées dans les magasins humides de l’entrepôt. Ce ne fut guère qu’au bout d’un an, et après des formalités et des difficultés sans nombre, que l’instrument rentra dans Paris.
Ce fait peut donner une idée de l’état de désordre, de dépècement et d’avarie où se trouva alors le Componium.
Découragé par l’insuccès de son voyage en Angleterre, D.... résolut de se défaire de son improvisateur mécanique; mais auparavant, il se mit à la recherche d’un mécanicien qui pût entreprendre de le remettre en état. J’ai oublié de dire que lors de la vente du Componium, M. Koppen avait livré avec la machine un ouvrier allemand très habile, qui était pour ainsi dire le cornac du gigantesque instrument. Celui-ci se trouvant les bras croisés pendant les interminables formalités de la douane française, n’avait imaginé rien de mieux que de retourner dans sa patrie.
La réparation du Componium était un travail de longue haleine, un travail de recherches et de patience, car les combinaisons de cette machine ayant toujours été tenues secrètes, personne ne pouvait fournir le moindre renseignement. D..... lui même, n’ayant aucune notion de mécanique, ne pouvait être en cela d’aucun secours; il fallait que l’ouvrier ne s’inspirât que de ses propres idées.
J’entendis parler de cette affaire, et poussé par une opinion peut-être un peu trop avantageuse de moi-même, ou plutôt ébloui par la gloire d’un aussi beau travail, je me présentai pour entreprendre cette immense réparation.
On me rit au nez: l’aveu est humiliant, mais c’est le mot propre. Il faut dire aussi que ce n’était pas tout à fait sans motif, car je n’étais alors connu que par des travaux trop peu importants pour mériter une grande confiance. On craignait que, loin de remettre l’instrument en état, je ne lui causasse de plus grands dommages en voulant le réparer.
Cependant, comme D.... ne trouvait pas mieux, et que je faisais la proposition de déposer une caution pour le cas où je viendrais à commettre quelque dégât, il finit par céder à mes instances.
On trouvera sans doute que j’étais réellement un ouvrier bien conciliant et surtout bien consciencieux. Au fond, j’agissais dans mon intérêt, car cette entreprise, en me fournissant de longs et intéressants sujets d’étude, devait être pour moi un cours complet de mécanique.
Dès que mes propositions eurent été acceptées, on m’apporta dans une vaste chambre qui me servait de cabinet de travail, toutes les caisses contenant les pièces du Componium, et on les vida pêle-mêle sur des draps de lit étendus à cet effet sur le carreau.