Ces mots, étrangement techniques, me semblèrent un contraste choquant avec les manières élégantes de mon visiteur. Toutefois, je ne pus me décider à abandonner la partie sans connaître au moins quelques secrets de ce singulier personnage.
—Monsieur, répondis-je un peu désappointé, j’espère que vous reviendrez sur cette décision, et que vous ne sortirez pas d’ici sans me montrer à votre tour comment vous maniez les cartes? Vous me devez bien cela.
A ma grande satisfaction, D.... se ravisa.
—Soit, dit-il en prenant un jeu, mais vous allez voir que nous n’avons pas du tout la même manière de travailler.
Il me serait difficile en effet de donner un nom à ce qu’il exécuta devant moi. Ce n’était pas à proprement parler de la prestidigitation; c’étaient des ruses et des finesses d’esprit appliquées aux cartes, et ces ruses étaient tellement inattendues, qu’il était impossible de n’en être pas dupe. Ce travail, du reste, n’était que l’exposition de quelques principes dont je connus plus tard l’application.
Tel que ces chanteurs qui commencent par se faire prier, et qui, une fois partis, ne peuvent plus s’arrêter, D....., entraîné sans doute, et par la sincérité des éloges que je lui prodiguais, et par le grand nombre de verres de Bordeaux qu’il avait absorbés, me dit avec cet épanchement familier si commun aux buveurs:
—Voyons, mon cher Monsieur, je veux maintenant vous faire encore une confidence. Je ne suis point prestidigitateur, j’ai seulement quelques tours que je montre aux amateurs. Ces leçons, vous devez le comprendre, ne suffiraient pas pour me faire vivre. Je vous dirai donc, ajouta-t-il en vidant encore une fois son verre et en le tendant de nouveau, comme s’il eût voulu me faire payer sa confidence, je vous dirai que le soir je vais dans les cercles où j’ai l’adresse de me faire introduire, et que là, je mets à profit quelques-uns des principes que je vous ai fait connaître tout-à-l’heure.
—Alors, vous donnez des séances?
D...... sourit légèrement et répéta ce clignement d’œil qu’il avait fait déjà à son camarade.
—Des séances? répondit-il, non, jamais! Ou plutôt, oui, j’en donne, mais à ma façon; je vous expliquerai cela dans un instant. Je veux d’abord vous amuser, en vous contant comment je parviens à me faire payer assez généreusement les leçons que je donne à mes amateurs; nous reviendrons après cela à mes séances.