Après la première partie de la représentation, le rideau se baissait pour les préparatifs d’une séance que le programme indiquait sous le titre de: Une fête dans un palais de Nankin. Titre attrayant pour les marchands de cette étoffe, mais qui n’avait été choisi, sans doute, que pour rappeler au spectateur le tour chinois qui devait couronner la séance.

A cette seconde apparition, la scène était entièrement transformée; les tapis de tables, assez modestes d’abord, avaient été remplacés par des brocarts étincelants de dorures et de pierres précieuses (vues de loin). Les bougies, déjà si nombreuses, s’étaient encore multipliées et donnaient au théâtre l’aspect d’une fournaise ardente, véritable demeure d’un suppôt du diable.

Le magicien paraissait. Il était revêtu d’un riche costume que, dans son admiration, le public estimait d’un prix à épuiser les richesses de Golconde.

La Fête de Nankin commençait par le tour des anneaux, venant des Chinois.

Philippe prenait légèrement entre ses doigts des anneaux de fer qui avaient vingt centimètres environ de diamètre, et, sans que le public pût s’expliquer comment, il les faisait entrer les uns dans les autres et en formait des chaînes et des faisceaux inextricables. Puis tout à coup, quand on croyait qu’il lui serait impossible de débrouiller son ouvrage, il l’effleurait du souffle, et les anneaux se séparant, tombaient à ses pieds.

Ce tour produisait une illusion charmante.

Celui qui lui succédait, et que je n’ai pas vu faire par d’autres que par Philippe, ne lui cédait pas en intérêt.

Macalister, le menuisier écossais, qui servait en scène sous la figure d’un nègre nommé Domingo, apportait sur une table deux pains de sucre encore garnis de cet affreux papier que l’épicier vend dans son commerce aux prix des denrées coloniales.

Philippe empruntait une douzaine de foulards (non pas des foulards de compères); il les mettait dans un large canon de fusil, et lorsqu’on lui avait désigné un des deux pains de sucre, il faisait feu dessus. Il le cassait ensuite à coup de hache, et tous les foulards s’y trouvaient réunis.

Venait ensuite le Chapeau de Fortunatus.