Philippe quitta Paris, l’année suivante, et continua depuis à donner ses séances à l’étranger ou dans les provinces de la France.
Les succès de Philippe n’auraient pas manqué de raviver encore mon désir de hâter la réalisation de mes projets de théâtre, si à cette époque un malheur ne fût venu me jeter dans un profond découragement. Je perdis ma femme.
Resté seul avec trois enfants en bas-âge, il me fallut, si inhabile que je fusse aux soins du ménage, en surveiller la direction. Aussi, au bout de deux ans, volé par les uns, trompé par les autres, j’avais perdu peu à peu l’aisance que mon travail avait apporté dans ma maison, et je marchais à ma ruine.
Poussé par les exigences de ma position, je songeai à me refaire un intérieur: je me remariai.
J’aurai tant de fois l’occasion de parler de ma nouvelle épouse, que je me dispenserai pour le moment de lui rendre le tribut d’éloges qui lui sont si bien dus. D’ailleurs je ne suis pas fâché d’abréger ces détails d’intérieur, qui, très importants dans ma vie, ne sont dans ce récit que d’un bien faible intérêt.
L’exposition de 1844 allait avoir lieu; je demandai et j’obtins l’autorisation d’y présenter les objets de ma fabrication. L’emplacement que l’on m’assigna, situé en face de la porte d’honneur, fut sans contredit un des plus beaux de la salle.
Je fis ériger un gradin circulaire, sur lequel je mis un spécimen de toutes les pièces mécaniques que j’avais exécutées jusqu’alors. Dans le nombre figurait en première ligne mon écrivain, que M. G.... avait bien voulu me confier pour cette circonstance.
J’eus, je puis le dire, les honneurs de l’exposition. Mes produits étaient constamment entourés d’une foule de spectateurs d’autant plus empressés, que le divertissement auquel ils assistaient se donnait gratis.
Louis-Philippe faisait des visites journalières au Palais de l’Industrie, et mes automates lui avaient été signalés comme méritant son attention. Il témoigna le désir de les voir, et me fit annoncer sa visite, vingt-quatre heures à l’avance. J’eus donc le temps nécessaire pour mettre tout en ordre.
Le Roi arriva tenant le Comte de Paris par la main. Je me plaçai à sa gauche pour lui donner l’explication de mes différentes pièces. La Duchesse d’Orléans était près de moi; les autres membres de la famille royale formaient cercle autour de Sa Majesté. La foule, maintenue par les gardiens du Palais et les agents de police, laissait un vide autour de mon exposition.