En attendant, n’ayant rien de mieux à faire, j’allais me promener, chaque jour, dans les magnifiques parcs de Londres, et je prenais des forces en prévision des fatigues que j’allais éprouver dans mes séances.
A ce mot de fatigues, le lecteur sera sans doute surpris, car il a le droit de croire que mon séjour à Londres sera, en quelque sorte, un temps de repos, puisqu’au lieu de jouer sept fois par semaine comme chez moi, je ne dois plus donner que trois représentations dans le même laps de temps.
Pour expliquer cette contradiction, il me suffira de dire que le travail et les fatigues sont moins dans l’exécution des séances que dans leur organisation. Or, comme à Saint-James, j’allais jouer alternativement avec une troupe d’opéra-comique, il en résultait que, pour ne pas gêner les artistes dans leurs études, je devais leur laisser tout le temps nécessaire à leurs répétitions qui, on le sait, prennent la plus grande partie de la journée. En conséquence j’avais promis de débarrasser la scène aussitôt ma représentation terminée, et de n’en prendre possession que dans le milieu du jour qui m’était réservé. Ajoutons que dans le travail d’installation et de déménagement, il ne suffisait pas seulement de l’œil du maître, il fallait pour bien des raisons que je misse la main à l’œuvre.
On comprendra facilement ce qu’une telle situation devait me causer de fatigue.
Mitchell avait, pour l’aider dans la direction de son théâtre, deux employés de la plus grande intelligence: ils se nommaient Chapman et Nemmo. L’un calme et réfléchi, s’occupait de la partie administrative; l’autre, vif, alerte, actif, surveillait certains détails du théâtre et particulièrement tout ce qui regardait la publicité.
D’après les recommandations du directeur, Nemmo avait fait grandement les choses pour l’annonce de mes représentations. D’énormes affiches, sur lesquelles étaient représentées les différentes expériences de ma séance, couvrirent les murs de Londres, et furent, selon l’usage anglais, promenées dans les rues de la ville, à l’aide d’une voiture semblable à celles que nous avons à Paris pour les déménagements.
Mais, quelque grande que fût cette publicité, elle était encore modeste comparativement à celle que vint nous opposer un compétiteur, qui peut passer à bon droit pour le plus habile et le plus ingénieux puffiste de l’Angleterre.
Lorsque j’arrivai à Londres, un escamoteur, nommé Anderson, qui prenait le titre de Great Wizard of the North (le grand sorcier du Nord), donnait depuis longtemps des représentations dans le petit théâtre du Strand.
Cet artiste, craignant sans doute de voir se partager l’attention publique, essaya d’éclipser la publicité de mes séances. Il lança donc dans les rues de Londres une cavalcade ainsi organisée:
Quatre énormes voitures, couvertes d’affiches et d’images représentant des sortiléges de toute sorte, ouvraient la marche. Vingt-quatre hommes, suivaient à la file et portaient chacun une bannière, sur laquelle était peinte une lettre d’un mètre de hauteur.