14° On dessinera toutes les inscriptions qui peuvent conduire soit à confirmer, soit à étendre nos connaissances, relativement à la langue et aux diverses écritures de l'ancienne Égypte.
15° Il est du plus pressant intérêt pour les études historiques et philologiques de chercher dans les ruines de l'Égypte des décrets bilingues, semblables à celui que porte la pierre de Rosette. Ces stèles existaient en très-grand nombre dans les temples égyptiens des trois ordres. Des fouilles seront donc dirigées dans l'enceinte de ces temples, pour découvrir de tels monuments, par le secours desquels le déchiffrement des textes hiéroglyphiques ferait un pas immense.
16° Le directeur du voyage ferait aussi exécuter des fouilles sur les points où il serait possible de rencontrer des monuments historiques de divers genres: ceux des objets trouvés et qui mériteraient quelque attention seraient emportés pour être placés au Musée royal du Louvre, si ces objets étaient d'ancien style égyptien, et au Cabinet des antiques de la Bibliothèque royale, si ces objets étaient des médailles et des pierres gravées, ou autres monuments de style grec ou romain. Les statues grecques ou romaines appartiendraient aussi au Musée des antiques du Louvre.
17° On pourrait faire également, à Thèbes et dans toutes les autres parties de l'Égypte, des achats d'objets intéressants pour les collections royales; on pourrait compléter ainsi avec avantage les diverses séries de monuments antiques qui existent dans ces établissements.
18° On désire depuis longtemps que des personnes instruites dans les langues orientales visitent les couvents de la vallée des lacs de Natron et de la Haute-Égypte, et examinent les livres coptes ou autres que renferment les bibliothèques des moines chrétiens, lesquelles peuvent contenir des ouvrages importants. Cette visite pourrait être faite avec soin pendant le voyage, et il serait facile peut-être d'acquérir des manuscrits intéressants à peu de frais.
19° Quelques voyageurs en Égypte ont parlé d'inscriptions en caractères inconnus, tracées ou gravées sur quelques monuments; on s'attacherait à les recueillir, précisément parce qu'elles sont considérées comme inconnues. Il en serait de même des manuscrits ou inscriptions en phénicien, dont il n'existe encore qu'un très-petit nombre en Europe, ainsi que des inscriptions en caractères persépolitains ou cunéiformes, dont l'alphabet n'est pas encore entièrement connu, quoique les monuments où ils sont employés ne soient pas très-rares. La découverte des hiéroglyphes phonétiques a concouru à accroître cet alphabet au moyen d'une courte inscription en caractères cunéiformes et en caractères égyptiens. On peut en trouver d'autres, qui seraient soigneusement copiées.
20° Il manque à la Bibliothèque du Roi quelques-uns des plus utiles ouvrages de la littérature arabe. On aurait peut-être l'occasion de les acquérir à un prix convenable.
Tels sont le but, le plan et les motifs d'un voyage en Égypte.
Pour l'exécuter, M. Champollion n'attend plus que les ordres du Roi.