Les trois premiers, après la mort de leur père Rhamsès-Méiamoun, étant successivement montés sur le trône des Pharaons, leurs légendes ont dû être surchargées pour recevoir les cartouches prénoms ou noms propres de ces princes parvenus au souverain pouvoir. Il faut remarquer aussi, à propos de cette liste intéressante, qu'à cette époque le nom de Rhamsès était devenu en quelque sorte le nom même de la famille, et que le conquérant avait concentré dans les membres de sa maison les postes les plus importants de l'armée, de l'administration civile et du sacerdoce. Les noms propres des filles du roi n'ont jamais été sculptés.

Toute cette série de princes et de princesses forme la décoration du soubassement à la droite et à la gauche d'une grande et belle porte s'ouvrant sur le milieu de la galerie de l'ouest. On entrait jadis, en la traversant, dans une troisième cour environnée et suivie d'un très-grand nombre de salles; les décombres ont depuis longtemps enseveli toute cette partie du palais existante encore sous les débris entassés des frêles constructions qui se sont succédé d'âge en âge. Des fouilles en grand mettraient ici à découvert des tableaux et des inscriptions d'une haute importance; mes moyens ne me permettant pas de penser à les entreprendre, je réservai les fonds dont je pouvais disposer pour le déblaiement des grands bas-reliefs qui couvrent toute la partie extérieure nord du palais, à partir du premier pylône, et la presque totalité de la muraille extérieure sud, enfouie jusqu'à la corniche qui couronne l'édifice entier.

La muraille nord offre une série de bas-reliefs historiques d'un haut intérêt. Je donnerai ici un court abrégé du sujet de chacun d'eux, en commençant par l'extrémité de la paroi vers l'ouest.

Campagne contre les Maschausch et les Robou.

Premier tableau. L'armée égyptienne en marche, sur huit ou neuf rangées de hauteur. Un trompette et un corps d'hoplites précèdent un char que dirige un jeune conducteur; du milieu de ce char s'élève un grand mât surmonté d'une tête de bélier ornée du disque solaire. C'est le char du dieu Amon-Ra, qui guide à l'ennemi le roi Rhamsès-Méiamoun, également monté sur un char richement orné et qu'entourent les archers de la garde ainsi que les officiers attachés à sa personne. On lit à côté du char du dieu: «Voici ce que dit Amon-Ra, le roi des dieux: «Je marche devant toi, ô mon fils!»

Deuxième tableau. Bataille sanglante: les Maschausch prennent la fuite; le roi et quatre princes égyptiens en font un horrible carnage.

Troisième tableau. Rhamsès, debout sur une espèce de tribune, harangue cinq rangées de chefs et de guerriers égyptiens conduisant une foule de Maschausch et de Robou prisonniers. Réponse des chefs militaires au roi. En tête de chaque corps d'armée on fait le dénombrement des mains droites coupées aux ennemis morts sur le champ de bataille, ainsi que celui de leurs phallus, sorte d'hommage rendu à la bravoure des vaincus. L'inscription porte à 2,525 le nombre de ces preuves de victoire sur des hommes courageux et vaillants.

Campagne contre les Fekkaro, les Schakalascha et peuples de même race à physionomie hindoue.

Premier tableau (à la suite des précédents). Le roi Rhamsès-Méiamoun, en costume civil, harangue les chefs de la caste militaire agenouillés devant lui, ainsi que les porte-enseignes des différents corps; plus loin, les soldats debout écoutent les paroles du souverain qui les appelle aux armes pour punir les ennemis de l'Égypte; les chefs répondent à l'appel du roi en invoquant ses victoires récentes, et protestent de leur dévouement à un prince qui obéit aux paroles d'Amon-Ra. La trompette sonne, les arsenaux sont ouverts; les soldats, divisés par pelotons et sans armes, s'avancent dans le plus grand ordre, guidés par leurs chefs; on leur distribue des casques, des arcs, des carquois, des haches de bataille, des lances et toutes les armes alors en usage.

Deuxième tableau. Le roi, tête nue et les cheveux nattés, tient les rênes de ses chevaux et marche à l'ennemi; une partie de l'armée égyptienne le précède en ordre de bataille; ce sont les fantassins pesamment armés ou hoplites; sur le flanc s'avancent par pelotons les troupes légères de différentes armes; les guerriers montés sur des chars ferment la marche. Une des inscriptions de ce bas-relief compare le roi au germe de Mandou, s'avançant pour soumettre la terre à ses lois; ses fantassins, à des taureaux terribles, et ses cavaliers, à des éperviers rapides.