Adorée comme inventrice des arts et des sciences, cette grande déesse, prenant alors le nom de Nat ou Nêth, dont les Grecs ont fait Νηῒθ, était représentée sous la forme d’une femme assise, coiffée de la partie inférieure du Pschent. On la nommait aussi Bouto. Les hymnes orphiques donnent à Athénè ou Minerve, considérée sous ce point de vue, les qualifications de τεχνῶν μῆτερ πολύολϐε et de εὑρεσίτεχνε, mère féconde des arts et inventrice des arts[102].

La seconde tête de la Néith-Panthée est celle d’une lionne, parce qu’on figurait cette divinité sous la forme d’une femme léontocéphale, pour la présenter à l’esprit sous l’une de ses plus importantes attributions. C’était Néith devenant le symbole de la force morale et de la force physique; ou, comme nous l’apprend Proclus[103], citant l’opinion même des Égyptiens, la puissance qui met l’univers entier en mouvement, ἡ κινητικὴ τοῦ παντὸς δύναμις. Néith reçoit alors le nom de Déesse gardienne ou conservatrice, que l’on trouvera avec la forme hiératique sur la planche ci-jointe, représentant la déesse léontocéphale.

On ne peut méconnaître dans cette forme de l’Athénè égyptienne, la dispensatrice de la force, la déesse des guerriers, le type de l’Athénè grecque Πολεμοκλόος et Ὁπλοχαρής[104].

Planche 6.6.

NÉITH MOTRICE ET CONSERVATRICE
(ATHÉNÈ, PHYSIS, MINERVE.)

Le culte de cette divinité, du premier ordre, puisqu’elle était, selon les mythes sacrés, une émanation, ou, pour mieux dire, un dédoublement du démiurge Amon-Ra, fut généralement en vigueur dans toutes les parties de l’empire égyptien, et surtout dans les Nomes où firent leur résidence les différentes subdivisions de la caste militaire. Néith-Conservatrice, la déesse des guerriers égyptiens, reçut dans Memphis un culte spécial; ce fut en effet dans cette capitale, dont la fondation fut le résultat de la révolution militaire qui changea la théocratie égyptienne en monarchie, que les rois, chefs naturels de la caste guerrière, firent leur résidence habituelle dès la XIXe dynastie, de préférence à Thèbes, presque abandonnée à la caste sacerdotale, qui trouvait dans cette antique cité et son principal foyer et toutes ses origines. La plupart des monuments recueillis sur l’emplacement ou dans les environs de Memphis nous offrent l’image de Néith-Léontocéphale[105].

On la trouve aussi, quoique bien moins multipliée, parmi les sculptures qui décorent les temples des autres régions de l’Égypte. Le célèbre conquérant Ramsès-le-Grand est représenté dans un des groupes sculptés dans le roc à Ghirsché, en Nubie[106], assis entre le dieu Phtha et Néith-Léontocéphale qui pose affectueusement sa main sur l’épaule du vaillant monarque. A Amara, un autre Pharaon comprend dans une adoration commune cette déesse des guerriers et les grands dieux Amon-Ra et Phré[107]. Ailleurs, Néith-Léontocéphale, renfermée dans une même chapelle (ναὸς) que le dieu Phtha, reçoit de riches offrandes[108]; et les monuments de Dendéra[109] prouvent que son culte se conserva ailleurs qu’à Memphis, sous les Lagides et sous les empereurs romains.

C’est comme emblème de la force protectrice du pays, que des statues colossales de Néith guerrière à tête de lion furent érigées devant les palais et les édifices sacrés de l’Égypte, et semblaient en interdire l’entrée aux profanes, aux ennemis des lois civiles et religieuses. Ces colosses, souvent en très-grand nombre, et presque tous de granit, montrent la déesse sous la figure d’une femme à tête de lionne; elle est quelquefois debout, mais plus ordinairement assise sur un trône; une étroite et longue tunique la couvre à partir du sein, qui reste nu; ses bras, ses poignets et ses pieds sont ornés d’anneaux plus ou moins riches; ses mains tiennent l’emblème de la vie divine, et le long sceptre, terminé par une fleur de lotus, particulier aux déesses égyptiennes. Mais comme Néith était une divinité douée des deux sexes, Ἀρσενόθηλυς[110], ἄρσην μὲν καὶ θῆλυς ἔφυς[111], le sculpteur lui a donné quelquefois le sceptre des dieux mâles, à tête de coucoupha. La tête de lionne est toujours surmontée du disque décoré de l’Uræus royal.

On a depuis quelques années transporté en Europe un nombre considérable de ces statues de Néith-Conservatrice. Celles d’entre elles qui figurent la déesse assise, portent sur le devant du trône des dédicaces qui nous font connaître le nom des rois sous le règne desquels ces colosses furent placés sur les dromos ou devant les propylées dont ils formaient la décoration. Le Musée royal de Paris en possède plusieurs qui remontent aux temps des Pharaons Aménophis II, Ramsès-le-Grand et Sésonchis. On en voit d’autres de l’époque du premier de ces princes à Rome, dans la salle égyptienne du Vatican. Le Musée royal de Turin en possède quatre du même règne, et l’on peut y admirer aussi une Néith-Léontocéphale assise, en granit, de huit pieds de hauteur, et d’un très-beau travail, portant une dédicace du règne de Ramsès VII, fils de Ramsès-le-Grand.