Enfin, selon Diodore de Sicile, l’Apollon égyptien naquit du dieu Cronos (Saturne) et de la déesse Rhéa[478].
C’est la dernière de ces trois généalogies que les monuments égyptiens originaux confirment de la manière la plus précise. On lit plusieurs fois en effet, à côté d’images en pied du dieu Haröeri, dans le grand temple d’Ombos, la légende suivante (lég. no 5), dont voici la transcription en caractères coptes: ϩⲁⲣⲱⲏⲣⲓ ⲡⲛⲏⲃ (ⲛ) ⲥⲁⲣⲏⲥ ⲡⲥⲓ (ⲛ) ⲥⲃ ⲙⲓⲥⲉ ⲛⲛⲧⲫⲉ ⲡⲛⲧⲣ ⲛⲁⲁ: Haröeri le seigneur de la région du Midi fils de Sèv (Saturne) né de Natphé (Rhéa), dieu grand[479].
Ainsi à Ombos le dieu Haröeri était considéré comme frère d’Osiris et d’Isis. Sa mère Natphé le mit au monde le second jour épagomène, c’est-à-dire dans le deuxième des jours complémentaires ajoutés à l’année de 360 jours. Cette tradition qui d’abord nous a été conservée par Diodore de Sicile et par l’auteur du Traité d’Isis et d’Osiris, se trouve constatée par une série de tableaux que j’ai découverte dans les restes du petit temple d’Ombos: chacun de ces tableaux est relatif à l’un des jours épagomènes, et le second représente le dieu Haröeri en pied avec la légende (no 6), dont voici la transcription copte: ⲡⲧⲓⲟⲩ ϩⲟⲟⲩ ⲉⲩⲛⲧⲡⲉ ⲧⲉⲣⲟⲙⲡⲉ (ϭⲓⲛ) ⲙⲓⲥⲉ ⲛ ϩⲁⲣⲱⲏⲣⲓ. Les cinq jours en sus de l’année: naissance d’Haröeri.
La généalogie et le rang théogonique du dieu étant ainsi bien déterminés par les monuments originaux, il reste à connaître ses attributions particulières et les fonctions que lui attribuaient les mythes sacrés dans le cercle du monde intellectuel ou du monde physique. Ce sera le sujet d’un second article. Nous ne produirons ici, parmi les titres donnés à ce dieu dans les inscriptions monumentales de l’Égypte, que ceux-là seuls qui se rapportent à des fonctions d’Haröeri communes à quelques autres divinités.
Outre les titres de dieu grand, de seigneur du ciel et celui de dominateur de la région supérieure et inférieure, symbolisé par le pschent sa coiffure ordinaire, Haröeri reçoit habituellement le titre de seigneur d’Ombos, ⲡⲛⲏⲃ ⲛ ⲛⲃⲓ (lég. no 7), parce qu’il était principalement adoré dans cette capitale de nome. La longue inscription qui décore toute la partie droite de la frise extérieure du pronaos, d’accord avec l’inscription grecque gravée sur une porte intérieure du grand temple d’Ombos, prouve en effet que toute la partie gauche[480] de ce grand édifice était dédiée à la divinité d’Aröeris, tandis que tout le côté droit du temple fut consacré au culte de Sévek ou Sèb (Saturne), le père d’Aröeris selon le récit mythique adopté dans le nome ombite.
Les colonnes du pronaos de ce même temple nous montrent, parmi les sculptures qui couvrent leur fût, une forme symbolique du dieu Haröeri d’autant plus remarquable, qu’elle nous dévoile l’origine toute égyptienne de l’animal fantastique consacré par les Grecs à leur Apollon, le griffon, monstre formé de la réunion d’une tête d’oiseau de proie au corps d’un lion. Les Égyptiens représentaient aussi le dieu Haröeri sous les apparences d’un lion à tête d’épervier, surmontée de la coiffure pschent[481] avec la légende ϩⲁⲣⲱⲏⲣⲓ ⲱⲏⲣⲓ ⲙⲟⲩⲓ, Haröeri principal lion ou lion chef. On fera connaître dans un article subséquent le sens de cette forme symbolique et toutes ses variations.
Planche 33.2.
TÉSONÉNOUFÉ, TÉSONÉNOFRÉ.
Nul signe particulier ne distingue la déesse figurée dans notre planche 34, des nombreuses déesses égyptiennes auxquelles conviennent également le disque solaire, distinction ordinaire des Héliades, les cornes de vache, symbole de la nutrition ou de la qualité de déesse Nourrice, le modius, symbole de l’Abondance, qui surmontent la coiffure formée d’un vautour les ailes éployées, constant emblème de la maternité. La légende hiéroglyphique seule peut, en nous donnant son nom propre, faire distinguer cette déesse de Mouth, d’Hathor, d’Isis, de Ritho, de Natphé et de toutes les autres déesses mères en général.